Comment faire en sorte que l’élève devienne auteur et acteur de ses apprentissages ?

Cette semaine, je partage et synthétise mes découvertes sur la pédagogie Freinet, en particulier à propos du livre ci-dessous.

 

La pédagogie Freinet : Quand l’élève devient auteur et acteur de ses apprentissages.

Célestin Freinet « Comment susciter le désir d’apprendre ? », par Philippe Meirieu.

L’éducation en questions, pemf

 

Après la première guerre mondiale, l’enseignement reste encore très frontal et l’idée générale consiste à retenir l’enseignement donné par le maître. Beaucoup d’élèves sont alors dégoûtés de l’école. Mais d’où cela vient-il ?

Freinet, lui, est convaincu que l’enfant a envie de travailler. Pour s’en convaincre, il suffit de prendre l’exemple d’enfants qui trimballent du sable sur la plage ou encore de les voir se passionner pour le montage ou le démontage d’un appareil qu’ils découvrent.

Dès lors, Freinet explore des méthodes pour susciter la curiosité de ses élèves, pour les mobiliser et pour les motiver davantage. Différents outils vont alors émerger :

  • Correspondance scolaire, enquêtes, imprimerie, fabrication d’un journal pour correspondre avec d’autres classes en France (orthographe, règles de grammaire etc).
  • Donner des tâches qui ont du sens et un but final.

Enseigner pour Freinet se résume alors ainsi : « L’art de faire émerger les questions et d’accompagner les élèves dans la recherche des réponses » ainsi que « motiver en proposant des tâches capables de mobiliser l’intérêt et l’énergie des élèves »

La classe va alors évoluer vers l’atelier, le laboratoire comme lieu d’expérimentation, de découverte via un projet commun et où l’on se met au travail ensemble. Il s’agit ainsi de « replacer l’enfant dans une perspective active et faire en sorte que les connaissances deviennent nécessaires à la réalisation d’un projet collectif ».

Il s’agit donc de donner du sens aux apprentissages par une activité collective mais il s’agit également d’être attentif aux apprentissages de chacun. C’est la raison pour laquelle Freinet va mettre en place des brevets individuels (ceintures) sous forme d’un plan de travail individuel. C’est un système qui respecte le rythme de travail de chaque élève. Ce n’est donc pas un système d’évaluation mais plutôt un système où l’enfant peut se comparer à lui-même et par rapport aux progrès qu’il a réalisé durant une période donnée. C’est également un système qui sert à impliquer les élèves dans la tâche commune.

Un principe important pour Freinet sera de « Ne pas écarter les moins compétents au nom de la qualité de la production ». C’est-à-dire que l’enseignant doit veiller à passer aux travaux individuels lorsque le travail de groupe aura tendance à basculer vers la dérive productive car le but étant de « Concevoir des situations motivantes qui permettent de rencontrer les obstacles grâce auxquels on devra apprendre ». Ces objectifs obstacles pourront être différents pour chaque élève.

Freinet est pour la nécessité du tâtonnement expérimental, mais la perméabilité à l’expérience n’est pas facile pour les enfants à besoins éducatifs particuliers.

L’individu ne passe à une nouvelle acquisition que lorsque l’expérience en cours a fait sa trace indélébile, l’acte devient alors mécanique.

Par rapport au plan de travail individuel, une élève exprime : « C’est moi qui me dis : Aujourd’hui, je vais faire un problème puis après je vais faire une opération ». L’élève est amené à prendre en charge son plan de travail de manière plus ou moins autonome.

Pour ce qui est des niveaux, un élève de 6 ans pourra être avancé en mathématiques, alors qu’en français il pourra avoir un niveau inférieur ou égale aux prescriptions du plan d’étude national. Il existe ainsi des rythmes différents ce qui va favoriser l’entre aide entre les élèves.

Pour Freinet, il s’agit également de replacer l’apprentissage de la langue dans sa fonction de communication, c’est-à-dire lire pour recevoir des informations, écrire pour être lu. Il existe également la transcripition par l’adulte des énoncés de l’enfant qui constitue une entrée en matière dans la lecture.

Les élèves doivent trouver dans la classe un esprit d’autonomie, d’initiative, de négociation, de rêve.

Développer un autre rapport au savoir qui valorise la recherche, le questionnement et la pensée critique.

« L’élève est invité à raconter ses expériences vécues à ses camarades. Technique de « texte libre », qui originairement oral, devient dessin et écrit au fur et à mesure de la croissance mentale et des compétences acquises ».

Parmi les outils mis en place, il existe :

– Le « Quoi de neuf ? »

C’est un outil de la vie coopérative de la classe qui permet la construction d’une histoire commune au « groupe de vie ». Je parle à l’autre, il m’écoute, je suis entendu, j’existe dans le groupe. Le quoi de neuf est une façon de « rendre le groupe solidaire, de favoriser la pédagogie intégrative et de créer un espace entre l’extérieur et l’intérieur de l’école. Les enfants s’écoutent, entendent parfois des réponses à leurs problèmes par leurs pairs, peuvent réaliser que ce qu’ils aiment, ce qui les tracassent, ce qui leur fait plaisir, ne sont pas exceptionnels ; on peut en parler beaucoup, partager les mêmes joies et peines, tracas et plaisirs… Derrière un propos qui peut paraître anodin, l’enfant a quelque chose à dire ; à nous de décrypter ce qu’il y a derrière ».

Il n’est pas obligatoire et se fait sur inscription des élèves qui désirent s’exprimer sur une expérience ou un objet qu’ils ont amené. Il dure entre 25-40 minutes.

Impacts :

– Contribuer au développement de l’autonomie du groupe et des enfants.

– Favoriser la constitution d’un groupe classe solidaire.

– L’enfant structure son langage et se construit comme sujet.

– Amélioration des compétences langagières : être consis, avoir une parole intéressée et structurée, vérifier que l’on est compirs des autres.

Des responsabilités sont également données aux élèves :

– Un président, un secrétaire, un maître du temps et un responsable gêneur. (actions qui gênent le groupe)

 

– Le Conseil coopératif ou conseil de classe est un autre outil important : Les règles de vie y sont établies et cela sert à féliciter les enfants. C’est également avant tout un lieu de parole coopératif dont les visées sont relationnelles, personnelles mais aussi éducatives.

Au conseil les élèves apprennent à :

  • Gérer les relations et les conflits dans le groupe : c’est un organisme d’analyse et de régulation des problèmes qui se posent grâce aux rubriques plaintes et félicitations. On apprend à gérer le fonctionnement d’un groupe et les relations interindividuelles.

 

  • Devenir acteurs de leur milieu et de leurs apprentissages. Par les rubriques informations, propositions et demandes de ceintures les élèves sont au cœur du processus d’apprentissage. Ils sont amenés à participer dans les activités et l’organisation de la classe. Ils apprennent à parler, à écouter, à aider, à se contrôler.

 

  • Vivre et grandir ensemble en respectant le rythme et les besoins de chacun. Le conseil a des visées éducatives et d’enseignement au sens où la gestion collective et l’organisation coopérative de la classe permettront de tendre vers des apprentissages sur mesure. Apprendre à planifier son travail, à travailler ensemble, à coopérer.

Cette pédagogie devient aujourd’hui dans l’ère du temps puisque l’enfant est amené à faire partie du monde, à être l’acteur et l’auteur de demain. Il développe son esprit critique et a sa place dans le groupe. Cette pédagogie est à la fois invididuelle en terme de rythme d’apprentissage mais également collective dans la part de découverte que l’enfant peut faire des autres. Bien au-delà d’un apprentissage de type copié-collé, l’enfant apprend de façon pratique, ce qui donne du sens et motive l’élève.

Il n’y a pas de motivation sans plaisir. Se surprendre à faire et à réussir, quoi de plus motivant ?

Il existe une excellente école Freinet à Genève dans le quartier des eaux-vives. Cliquez ici pour davantage d’informations sur l’école ou cette pédagogie en particulier.