Les clés de la mémoire

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Cette semaine, je partage des informations autour de plusieurs conférences qui ont eu lieu à l’Université de Genève.

Résumé de la première conférence intitulée « les clefs de la mémoire » dans le cadre de la semaine du cerveau (14-18 mars 2016) :

Vidéos disponibles sur www.semaineducerveau.ch

Première partie de la conférence par le professeur Alexandre Pouget, neurobiologiste (Département des Neurosciences Fondamentales, Université de Genève).

Seconde partie de la conférence par le professeur Martial Van Der Linden (psychologue) (Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education, Université de Genève).

A titre d’information, cet article constitue de simples notes de cours et ce résumé n’a donc pas la prétention d’être exhaustif par rapport à l’ensemble du contenu qui a été abordé durant cette conférence.

Mémoire synaptique

Avec la mémoire, nous touchons à l’essence de l’individu. Films à voir sur la mémoire : Blade runner, The final cut (androïdes à qui l’on implante des souvenirs) ; Memento et Eternal Sunshine of the spotless mind.

Mémoire et perception

La mémoire est centrale au sens de l’identité mais elle est aussi absolument fondamentale pour la perception. Sans mémoire, il n’y a pas de perception.

Lorsque nous regardons devant nous une scène et que nous analysons cette dernière, nous n’avons aucun problème à reconnaître qu’il y a des être humains assis sur des fauteuils, dans un auditoire devant un écran de projection (ne demande aucun effort). Les calculs en jeu dans ce genre de situation sont extrêmement complexes et la seule raison pour laquelle nous pouvons interpréter l’image que nous voyons à un moment donné s’explique par le fait que durant notre enfance, nous avons fait l’expérience des images visuelles. Nous avons appris que les images que nous voyons sont composées d’objets et ayant une identité, une apparence etc. C’est cette connaissance stockée dans notre mémoire qui va nous permettre d’interpréter les nouvelles images auxquelles nous sommes confrontés. Sans cette expérience de départ, sans cette mémoire, une image n’aurait aucun sens.

Exemple de Mickal May: Problème de cornée (devenu aveugle à l’âge de 2-3 ans).

Malgré sa cécité, il a obtenu le record mondial de descente à ski.

A l’âge de 40 ans, un chirurgien lui propose de lui greffer une cornée pour retrouver la vue. Il a accepté mais il a été très déçu car il était incapable de percevoir quoi que ce soit. Le cerveau est moins plastique lorsque nous sommes adulte. Son cerveau n’a pas été capable de réapprendre à voir, ce qu’il voit est extrêmement rudimentaire. Lorsqu’il fait du business, il se couvre les yeux car il préfère être dans le noir et ne pas être distrait par ces images qu’il n’arrive pas à interpréter. Livre qu’il a écrit : Crashing through « The extroardinary true story of the man who dared to see » de Robert Kurson.

Mémoire et douleur

Ce qui est vrai pour la perception en général est vrai pour certains types de perceptions telle que le douleur. Elle n’a de véritable signification que si l’on a une mémoire de la douleur. C’est le cas d’une opération chirurgicale qui où le chirurgien injecte un anesthésiant qui nous bloque totalement la mémoire et où nous sommes incapable de nous souvenir de quoi que ce soit durant l’opération. Elle nous paralyse mais ne bloque pas les centres de la douleur. Nous allons sentir tous les coups de bistouris mais une fois que l’anesthésie sera terminée nous n’allons pas nous rappeler et nous allons penser que tout c’est bien passé en croyant les dires du chirurgien car nous n’auront aucun souvenir de ce qui se sera passé (douleur). Donc nous pouvons constater que sans mémoire il n’y a pas de douleur.

Le moment de la naissance n’est pas une partie de plaisir. La tête du bébé est soumise à des pressions épouvantables et quand cela se passe mal, les médecins sont obligés d’utiliser des outils pour « arracher » le bébé au ventre de sa mère. Ce sont des douleurs incomparables pour le bébé. Par ailleurs, le centre de la mémoire n’est pas encore actif (pas à maturité), donc nous ne nous souvenons pas de ce moment là, fort heureusement 😉

Mémoire et neurones

Mémoire importante pour le sens de notre identité mais aussi pour la perception en général.

Le cerveau humain est un énorme réseau de neurones, environ 70 à 100 milliards de neurones dans un cerveau humain. Cela correspond à peu près au nombre d’étoiles dans la voie lactée !

Les neurones sont connectés les uns avec les autres avec 1000 à 10000 connections par neurone de telle sorte que dans le cerveau, c’est un nombre incalculable de câbles, plus exactement de l’ordre de 100 000 milliards de connections… Cette connexion relie entre eux des neurones. Les signaux se propagent le long de l’axome et l’on a des contacts entre les neurones qui se font au niveau de la synapse. Lorsque l’on effectue un zoom sur la synapse, nous avons un terminal pré-synaptique (axone) et de l’autre coté un terminal post-synaptique (epine dendritique).

Je vous laisse le soin de regarder la suite via le lien de la vidéo si vous souhaitez approfondir le sujet (cela sera plus simple de suivre en vidéo car les informations deviennent plus techniques).

Mémoire et synapses :

La où nos mémoires sont stockées dans les synapses.

Aussi l’endroit où nous effectuons des calculs.

Reconnaissance d’objets

Dans le cerveau c’est le poids synaptique (valeur des synapses) qui détermine quel est le calcul qui va être fait par le système.

Capable d’entraîner des réseaux de neurones pour qu’ils soient capables de reconnaître des images.

Reconnaissance des nombres

Jeu de go : Compétition entre un ordinateur et le meilleur joueur de go au monde.

L’ordinateur a gagné. Utilise des réseaux de neurones qui détermine la meilleure configuration pour le projet mouvement de l’ordinateur. Va envahir toutes les machines, révolution absolue.

Reconnaissance d’artistes

Entraînement d’un réseau de neurones capable de reconnaître des artistes. Une fois le réseau entraîné, possibilité de lui donner une image et lui la faire transformer en style Kandinsky ou Van Gogh par exemple.

Conclusion : La mémoire centrale constitue l’identité des individus car sans mémoire, il n’y a pas de perception.  Toutes ces mémoires sont stockées dans les synapses.

Ajuster les synapses lors de nouveaux apprentissages pour essayer d’enregistrer toute l’information nouvelle.

Les champions du monde de mémorisation obtiennent d’ailleurs des résultats impressionnants quant à la vitesse à laquelle ils parviennent à mémoriser de nouvelles informations. Or quant ça rentre par une oreille et que ça sort de l’autre… il est temps de mettre en place une vraie stratégie de mémorisation. Olivier Chatelain, enseignant spécialisé, nous explique quelle est la bonne approche.

Cliquez ici pour découvrir les stratégies des athlètes de la mémoire :

Seconde partie de la conférence : Professeur Martial Van Der Linden (psychologue)

Les multiples expressions de la mémoire et leurs relations avec l’identité.

1er temps : différentes manifestations de la mémoire mais on devrait parler des mémoires.

2ème temps : Mémoire et identité constituent les 2 phases d’une même pièce. Ce n’est pas un enregistreur passif qui stocke des choses proches du réel. Mémoire farcie de faux souvenirs en fonction de notre identité, de nos croyances, de nos valeurs et de nos buts.

Les différentes dimensions de la mémoire :

Mémoire à court terme (mémoire de travail) : mémoire qui nous permet de stocker temporairement une information (ex. numéro de téléphone, commande, établir mentalement une addition).

Mémoire à long terme :

▪                mémoire épisodique

=> se souvenir de la conversation d’un client la veille. Garder les souvenirs personnellement vécus. Permet de revivre ce que l’on a vécu.

▪                mémoire sémantique

=> connaissance générale que l’on a sur le monde. Sémantique des bières.

▪                mémoire perceptive

=> va stocker la forme des objets, des visages, des mots et pas leur signification.

▪                mémoire procédurale

▪                mémoire qui va permettre d’automatiser une série de procédures (apprendre à rouler une bicyclette).

 

Ces systèmes de mémoire ont une certaine indépendance, ils sont en relation mais ils sont aussi indépendants. Une lésion cérébrale peut perturber certains systèmes et pas d’autres.

Syndrome amnésique : patients qui ont des lésions bilatérales au niveau des hippocampes. Personnes qui ont un QI normal, mais trouble massif de la mémoire épisodique (oubli à mesure). Ne peut pas récupérer les événements personnellement vécus.

Capacités préservées

▪                mémoire à court terme normale

▪                mémoire procédurale normale

▪                mémoire perceptive normale

▪                mémoire sémantique : débat ?

 

Ex. ne pas se souvenir avec qui on a appris à utiliser un traitement de texte, un ordinateur mais savoir l’utiliser. Oublier 5 minutes après ce qui a été lu, ou vu.

Donc certains systèmes de mémoires peuvent être affectés et d’autres préservés.

La mémoire des événements personnels n’est pas un enregistreur passif, c’est un processus constructif (même événement vécu peut être vécu différemment). On sélectionne ce que l’on va mettre en mémoire. Notre mémoire est farcie de faux souvenirs.

– Seuls sont maintenus aisément accessibles les souvenirs des événements personnels qui sont en lien avec nos buts, nos valeurs et nos croyances.

Les souvenirs d’événements personnels ne constituent pas une représentation parfaitement exacte de la réalité.

▪                nous mettons et récupérons en mémoire les aspects d’un événement qui correspondent au mieux à la conception que nous avons de nous-mêmes ou du monde.

▪                Les souvenirs peuvent être déformés afin d’être davantage en phase avec nos valeurs et nos croyances.

 

Anxiété sociale :

▪                peur intense des situations sociales

▪                les personnes redoutent d’être mal perçues par les autres

 

Les anxieux sociaux se souviennent essentiellement de leur réaction à eux (qu’ils ont trébuché, qu’ils ont bafoué, qu’ils transpiraient etc) et ils ne prennent pas dans leurs souvenirs le fait que ça se soit bien passé. Donc le lendemain, ils se souviennent du négatif et non du positif pris dans l’environnement. Ne fait que renforcer la croyance selon laquelle la situation sociale est négative.

Les souvenirs des situations sociales contiennent davantage d’aspects en lien avec les personnes anxieuses elles-mêmes plutôt qu’avec l’environnement social externe.

▪                ce qui maintient et renforce les croyances négatives concernant les situations sociales

 

Deux exigences contradictoires (pour la mémoire épisodique) :

▪                correspondance : le souvenir doit correspondre à l’expérience vécue (être proche de la réalité)

▪                nécessaire pour les buts à court terme

▪                cohérence : on doit avoir aisément accès aux souvenirs qui correspondent à nos buts à long terme et à nos valeurs.

Self-Memory System (SMS ; Conway, 2005)

Gestion des buts = mémoire épisodique = identité

Gestion des buts

▪                un standard (un idéal)

▪                établissement de priorité et d’une séquence ordonnées d’actions

Organisation du « présent psychologique » : des moments psychologiques

▪                un moment psychologique est définit par l’installation d’un but (du début et à la fin)

 

Le moment psychologique entre automatiquement en mémoire épisodique (souvenir épisodique).

Ex. brossage de dents => accès sous forme d’image mentale. Essayer de récupérer le trajet etc. Multitude de moments psychologiques. Fonction de correspondance 4, 5, 6 jours. Détails sensoriels etc.

Souvenir épisodique :

Contient des détails sensoriels, perceptifs, cognitifs, et affectifs

Contient des images mentales

Permet de revivre le passé mais aussi de se projeter dans le futur ; cf la conférence d’Arnaud d’Argembeau).

Concerne des périodes de vie assez courtes (secondes, minutes, heures).

▪                enregistrement des buts à court terme (durées définie par un changement de but).

 

Souvenirs

Beaucoup de souvenirs épisodiques sont créées dans une journée, mais beaucoup deviendront difficilement accessible au bout de quelques jours

▪                ils ne sont pas perdus mais restent disponibles à un niveau plus inconscient ?

▪                ils peuvent être récupérés involontairement : le moment « proustien ».

 

…. et dès que j’ai eu reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (…), aussitôt la vieille maison grise, sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit réveillon…

Liens entre mémoire épisodique et identité.

Les souvenirs qui resteront accessibles de façon durable sont ceux qui auront été mis en lien avec l’identité.

▪                avec les connaissances sémantiques que nous avons sur nous-mêmes (buts, valeurs, croyances)

▪                avec les périodes de vie et d’événements généraux

 

L’accès intentionnel à un souvenir début généralement par l’identification d’une période de vie ou d’événements généraux.

▪                les souvenirs relatifs à certaines périodes de notre vie peuvent ne plus être accessibles, car nos buts et nos valeurs ont entre temps changé.

Une vie sans sens et sans but affecte la mémoire des événements personnels.

Souvenirs définissant le soi

 Durant une promenade avec quelqu’un que vous aimez bien,

▪                vous vous engagez tous les deux à faire comprendre à l’autre qui vous êtes réellement, votre « vrai moi ».

▪                vous décrivez plusieurs souvenirs dont vous estimez qu’ils expriment bien comment vous en êtes arrivés à devenir la personne que vous êtes maintenant.

 

Souvenirs définissant le soi

▪                Avoir au moins 1 an

▪                Un événement de votre vie dont vous pouvez vous souvenir très clairement et que vous paraît encore important après y avoir réfléchi

▪                Un souvenir concernant un thème, un but, une préoccupation, un conflit important dans votre vie.

▪                Un souvenir qui peut être positif ou négatif

▪                Un souvenir auquel vous avez pensé beaucoup de fois ; il est familier, comme une chanson (triste ou gaie) apprise par cœur.

Souvenir définissant le soi intégré et raisonnement autobiographique

▪                recul par rapport à un événement décrit, évaluation de l’importance et de la signification du souvenir pour l’identité ou la vie en général

▪                une leçon de l’événement ; prendre conscience de quelque chose

 

Souvenir définissant le soi non intégré

▪                descriptions d’événements sans l’apport d’une signification, d’un lien avec l’identité

▪                les personnes ayant reçu un diagnostic de schizophrénie ont beaucoup de souvenirs définissant le soi peut intégrés.

 

Self memory system : une dissociation chez un patient amnésique

Conway et loveday (2010) : patient CR

– Incapable d’avoir accès intentionnellement aux épisodes vécus

– Accès possible à ces épisodes si des indices adéquats sont fournis (obtenus via une caméra placée sur la poitrine de la personne).

– pas de connexions entre la mémoire épisodique et l’identité ?

Une réflexion au sujet de « Les clés de la mémoire »

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